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Jeudi 09 septembre 2010

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La fête du mouton à Dakar 01/12/2009

La fête du mouton à Dakar

Plusieurs d’entre-vous se rappellent de mon ami Baba Diop de Dakar qui avait été mon correspondant  lors de la construction de deux écoles dans la brousse du Sénégal.Voir ou relire ma chronique du 22.2.2008
Je l’ai rencontré dernièrement à Genève venu suivre un cours en droits économiques sociaux.
J’ai pensé intéressant de lui demander d’écrire une chronique consacrée à la vie dans son pays.
Il nous la livre ici et je l’en remercie.
JCE/1.12.2009 

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  Un jour de « Tabaskie » à Dakar

Bon voilà ! Suite à l’interpellation de mon ami Emmel, je vais m’exercer à la chronique. Mais j’avoue que je ne peux l’égaler car il est d’un talent hors pair, en témoigne la fidélité avec laquelle il a réussi à nous faire suivre ses chroniques depuis tant de temps sans nous lasser.

Bon allons-y pour cette grande fête religieuse de la communauté musulmane vécue à Dakar le temps d’une journée.
L’Aid ElKébir ou fête du mouton appelée au Sénégal « Tabaskie » mobilise quasiment toute la population (normal le pays comptant 95% de musulmans).
C’est aussi un grand moment de réunion de toute la famille. Je pense comme Noel chez vous ! Mais ici aussi on fête noël, paradoxe du Sénégal pays musulman !!!!
Les préparatifs de la Tabaskie débutent 2 semaines voir des mois avant le jour J, avec l’arrivée des moutons sur le marché dakarois.


Chaque père de famille ayant les capacités doit acheter un mouton pour faire le sacrifice d’Abraham, alors c’est parti pour des négociations serrées entre acheteurs et vendeurs.
 Gare au père de famille qui n’apporte pas un bouc à sa femme et à ses
enfants.
 Le jour de la fête, les fidèles se rendent au lieu de prière,  parés de leur plus 
beau boubou. Ce jour là  on troque veste, cravate, pantalon pour le grand boubou traditionnel, qui impose par son élégance.



On n’oublie surtout pas d’avoir sous les bras son « Sidjiadé », c'est-à-dire sa natte de prière, car la plus part des lieux de prière se situent sur des terrains vagues.
Mais attention ! il est recommandé de ne pas reprendre au retour de la prière le même  chemin que celui emprunté à l’aller. Respect de la tradition oblige !
Arrivé sur le lieu de prière on se met en rangée dans l’attente de l’arrivée de l’iman, celui qui dirige la prière !


Remarquez, la tente sous laquelle il va diriger la prière. Ah oui ! Il faut se parer des rayons solaires. Les privilèges du dirigeant, les sacrifices du dirigé !!!
Ainsi va la vie, ainsi est la vie !!! Il y a les photographes du jour comme moi qui s’exercent comme s’ils étaient des professionnels.
L’iman arrivé sur les lieux, les fidèles se tiennent debout pour le début de la prière. Moment d’instance concentration pour suivre les gestes de l’iman et ensuite écouter religieusement son sermon. Aujourd’hui le sermon est axé sur les principes de base pour être un bon musulman, les événements politiques majeurs de la nation, sur la morale, les faits sociaux etc.
La prière terminée les fidèles reprennent  leur  « sidjiaté » et direction la maison pour aller ensuite accomplir le geste d’Abraham, à savoir égorger le mouton.
Chacun demandera pardon à son voisin parce que c’est aussi un jour où il est recommandé de demander pardon à son voisin de quartier, à ses parents, à ses amis.




Ah ! J’oubliais les enfants. Ils sont de la partie aussi pour être très tôt initiés. Mais parmi eux le contraste est saisissant, certains sont beaux dans leurs beaux habits côtoyant d’autres tout aussi beaux mais dans leurs « beaux haillons » !
Comme quoi la vie peut aussi être cruelle pour les enfants ! Gamelle à la main ces enfants talibés font le tour des fidèles pour demander l’aumône qu’ils verseront ensuite à leur maître coranique qui les utilise ainsi comme moyen de recherche de revenus.
Voilà ! Le geste d’Abraham accompli par le père de famille, les enfants s’occupent du reste, à savoir le dépeçage du mouton !

 


   

 

Lors de mon enfance, comme celui de gauche, je ne faisais que tenir les pieds du mouton pour aider celui qui se charge du gros du travail !!! Les rues sont quasi désertes, tout le monde étant regroupé en famille en attente de faire aux moutons sa fête. Ils sont des centaines de milliers à être égorgés à travers tout le pays.
Les femmes, une fois le dépeçage terminé, examinent les parties du mouton destinées au repas ! Cette phase est l’exclusivité de la femme. Répartition sociale du travail disent certains, exploitation de la femme disent d’autres !!!
Dans la société traditionnelle
sénégalaise, la cuisine est un domaine réservé aux femmes ! Au mari la recherche de la dépense, à la femme de faire à manger !!! Mais bon ! Heureusement que l’évolution sociétale est entrain de modifier ce schéma traditionnel, les femmes participent de plus en plus activement au processus de développement.


     

 

Le dispositif se met en place, la cuisinière à gaz, la marmite et le bol de viande attendent que l’huile dans la marmite se chauffe !!! La cuisson est tout un art,c’est même un Art ! Le choix de la bonne viande, le dosage du feu et de la quantité d’huile la mesure du sel et j’en passe, tout cela demande de la dextérité comme le peintre choisi ses couleurs pour rendre son tableau agréable au regard des autres.
Hop !C’est parti pour une bonne cuisson. Le gaz a remplacé le bois ; les  écolos et acteurs du changement climatique sont contents non !!!! Mais à quel prix les populations des pays pauvres, comme le Sénégal,  vont-ils payer ce que les pays industriels ont détruit !!
Et après 1h30 à 2h de cuisson, le plat est servi. Dans le Sénégal traditionnel, on ne sert pas chacun selon son plat. On retrouve le caractère communautaire de la société même dans la façon de se restaurer.
Même le verre servant à boire se partage, on ne dit pas
où est mon verre, on dit où est le verre !!!  Le plat est disposé au milieu d’une natte
entouré de bancs !


  

Eh oui ! il faut se désaltérer après un si riche et copieux repas !!!  La boisson est constituée de l’eau, de jus de bissap (certains européen parle de vin rouge sénégalais du fait de sa couleur), et la boisson en couleur verte dont je ne me rappelle pas son nom.
 
Y a aussi Africa ananas pour faire moderne !!! C’est une boisson industrielle ! Dans la société traditionnelle sénégalaise on mange d’abord et on boit ensuite ! On ne boit pas en mangeant !!! Je ne sais pas qu’est ce qui l’explique, mais c’est un constat.

 

Et la fête va continuer jusqu’à l’aube avec les jeunes qui prennent le relais pour aller prendre d’assaut les boites de nuit et se trémousser au rythme du balax (danse traditionnelle du Sénégal) et d’autres sonorités mondiales.
La mondialisation musicale est passée par là !!!


BABA



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Commentaires

Sadji - - 01/12/2009

Super, c’est vraiment une fête à ne pas manquer les retrouvailles en famille c'est notre noël à nous quoique comme le dit si bien Baba on fête aussi noël. Merci pour ce voyage gratuit ça me rend encore plus nostalgique en temps que sénégalaise

Markus & Elsbeth - Tabaskie - 01/12/2009

Excellent article, et très bon souvenir, car nous avons eu l'honnuer et le plaisir, de vivre cette journée à Dakar, au sein d'un famille sénégalaise en 1971.
E & M

John Noble - - 01/12/2009

Très informatif et intéressant.

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